dimanche 5 février 2012
16h36

sommaire ·
agenda ·
infos ·

ELV. radio ·
Plus Rien zine ·
annuaire ·


contacts ·

admin

valide html 4.01 ?

chpunk.org > infos

petite manip à neutrons

Tricastin, 10 juillet : entre 75 et 900 kilogrammes d’uranium dans la nature...
Romans-sur-Isère, 17 juillet : 750 grammes d’uranium répandus...

Seulement 750 grammes, certes, mais les incidents nucléaires, c’est comme les tremblements de terre, il suffit d’un gros coup de semonce au début, ensuite viennent les répliques qui, pour être bien moins fortes, font tout aussi peur, parce que les braves gens ne se sont pas remis du premier choc.

Engageons les paris : d’ici quelques semaines on va encore apprendre qu’à la stupeur générale et malgré la forte culture de sûreté nucléaire qui règne dans notre beau pays, des fuites se seront produites dans 2, 3 ou 10 sites d’industrie radioactive. Ajoutons à notre pari l’annexe suivante : les incidents qui seront révélés prochainement interviendront tous dans des sites liés au fleuron de l’industrie nucléaire française, le géant AREVA.

Et détrompons maintenant tous ceux qui en ont besoin : non, les fuites de matériaux et de liquides radioactifs ne sont pas une nouveauté en France. Des fuites, du matos qui disparaît, c’est monnaie courante dans les centrales comme dans les diverses usines. Tout comme le non-respect par les industriels des principes de protection de l’environnement, des populations et bien sûr des travailleurs du nucléaire, qui paient un lourd tribut à la grandeur nucléaire du pays, surtout s’ils bossent pour des sous-traitants.

Détrompons aussi les adeptes du "on nous cache tout" : les infos sur les incidents nucléaires sont, en grande majorité, disponibles. Ces informations sont simplement contrôlées par l’Autorité de Sûreté Nucléaire, un monstre technocratique à la française qui supervise toute la production et la diffusion d’information sur le sujet. Le truc est que, le plus souvent, l’information sur le dernier incident nucléaire fera l’objet d’un petit communiqué dans l’immédiat, puis d’un dossier plus consistant quelques semaines plus tard... L’orientation naturellement pro-pouvoir, donc pro-nucléaire des journalistes fait le reste, donc les fuites d’uranium et consorts sont habituellement reléguées au rang de brèves en page économie...

Ce qui est inhabituel, aujourd’hui, c’est la succession de fuites, non pas d’uranium, mais de fuites d’information rapides en direction de la presse. Des informations pas toujours fraîches : imaginez par exemple que pour l’incident de Romans-sur-Isère jeudi dernier, la rupture de canalisation ayant entraîné la fuite était connue depuis plusieurs années... Pourquoi sortir l’information seulement aujourd’hui, alors ?

C’est que depuis l’arrivée de notre bon Nicolas Sarkozy au pouvoir, les rumeurs de privatisation du groupe Areva, voire de son démantèlement pour le revendre à divers intérêts privés (on parle de Bouygues, d’Alstom), ces rumeurs reviennent avec insistance... ça aussi ça peut se trouver dans les entrefilets de la presse générale ou économique.

Or, voilà-t-y pas que la patronne d’Areva, Anne Lauvergeon, est contre toute privatisation de son groupe. Et que la brave dame, entre autres grâce aux excellent résultats financiers qu’elle présente, a déjà repoussé plusieurs tentatives de privatisation. Entre nous, quoi de mieux pour déstabiliser Areva, qu’une petite série d’accidents mettant en scène le je m’en foutisme complet qui règne dans cette boîte, dans ses filiales et dans la filière nucléaire en général ? Je parie que suite à ces incidents mis en valeur auprès du grand public, on va nous rebalancer les sornettes du secteur public incapable de bosser efficacement, alors que le privé, hein, ben c’est des pros qui savent ce qu’ils font...

Ces manipulations interviennent, c’est à noter, au moment où, toujours en France, on nous prépare la revente des équipements hydro-électriques à des groupes privés, en même temps qu’une nouvelle législation hyper-contraignante rendrait l’énergie éolienne exploitable uniquement pour de grands groupes assis sur de gros tas de fric.

Pendant ce temps, le monde plonge dans une crise de l’énergie qui réclamerait au contraire que les états reprennent la main sur les questions de production et de consommation d’énergie pour éviter le chaos total.

P.S. : cette chronique a été écrite et présentée sur ELV dimanche 20 juillet. 3 jours plus tard, on en est à 2 incidents supplémentaires présentés tambour battant dans toute la presse. Etonnant, non ?

Steph - 21 juillet 2008


c h p u n k . o r g - diarrhée verbale et bouillie musicale depuis 1987... copirijte - tekno - kifékoi ?