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Jamais le politicien français ne s’élance vers l’avenir

Le gratin de la classe politique française a fait le déplacement de la Martinique pour rendre un dernier hommage à l’auto-proclamé « nègre fondamental » Aimé Césaire.

Et tous ceux-là, plus les autres restés sagement à Paris, se sont fendus d’un petit mot officiel pour dire combien grande était leur tristesse. Commençons donc par ça : les réactions et autres communiqués.

A tout saigneur, toute horreur, la prose de Monsieur le Président de la République : « J’imagine le chagrin immense de toute la population martiniquaise, antillaise et ultramarine ». Ultramarine, oui oui, on y croit. Marque de montre de luxe, ou parfum pour mannequin défraîchi ? What’s on a president’s mind ? Continuons : « Ce fut un grand humaniste dans lequel se sont reconnus tous ceux qui ont lutté pour l’émancipation des peuples au XXème siècle ». Ouf, sauvé Nico, on est au XXIe siècle !

Monsieur le Premier Secrétaire du Parti Socialiste : « François Mitterrand l’avait reconnu comme un des plus grands poètes du XXe siècle, mais “un poète voué à la gestion des affaires humaines” ». Ach, le copain de Bousquet, le petit camarade de jeux de Kohl et Thatcher... Que de bons souvenirs... Et puis à l’époque on savait gestionner les affaires, hein, mieux qu’à l’ENA si ça tombe.

Monsieur Jean-Christophe Lagarde, député-maire de Drancy (Nouveau Centre) : « Je pense qu’au regard de l’oeuvre et de la vie d’Aimé Césaire, il serait souhaitable, monsieur le président, que vous puissiez proposer, sous réserve naturellement de l’accord de sa famille et de ses proches, son entrée au Panthéon ». A ce niveau de faux-dercherie, c’est du vice.

Z’en avez assez d’la langue de bois ?

Alors en voilà des citations, des vraies, d’Aimé Césaire. De la poésie :

J’ai beaucoup parlé d’Hitler. C’est qu’il le mérite : il permet de voir gros et de saisir que la société capitaliste, à son stade actuel, est incapable de fonder un droit des gens, comme elle s’avère impuissante à fonder une morale individuelle. (...) Au bout du capitalisme, désireux de se survivre, il y a Hitler. Au bout de l’humanisme formel et du renoncement philosophique, il y a Hitler.
[...]

Oui, il vaudrait la peine d’étudier, cliniquement, dans le détail, les démarches d’Hitler et de l’hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXème siècle qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore, qu’Hitler l’habite, qu’Hitler est son démon, que s’il le vitupère, c’est par manque de logique, et qu’au fond, ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est pas l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, c’est l’humiliation de l’homme blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique.
[...]

Et alors, je le demande : qu’a-t-elle fait d’autre, l’Europe bourgeoise ? Elle a sapé les civilisations, détruit les patries, ruiné les nationalités, extirpé “la racine de diversité”. Plus de digue. Plus de boulevard. L’heure est arrivée du Barbare. Du Barbare moderne. L’heure américaine. Violence, démesure, gaspillage, mercantilisme, bluff, grégarisme, la bêtise, la vulgarité, le désordre.
[...]

Donc, camarade, te seront ennemis
— de manière haute, lucide et conséquente —
non seulement gouverneurs sadiques et préfets tortionnaires,
non seulement colons flagellants et banquiers goulus,
non seulement macrotteurs politiciens lèche-chèques et magistrats aux ordres,
mais pareillement et au même titre,
journalistes fielleux,
académiciens goîtreux endollardés de sottises,
ethnographes métaphysiciens et dogonneux,
théologiens farfelus et belges,
intellectuels jaspineux, sortis tout puants de la cuisse de Nietzsche,
les paternalistes,
les embrasseurs,
les corrupteurs,
les donneurs de tapes dans le dos,
les amateurs d’exotisme,
les diviseurs,
les sociologues agrariens,
les endormeurs,
les mystificateurs,
les baveurs,
les matagraboliseurs, [...]
et d’une manière générale, tous ceux qui, jouant leur rôle dans la sordide division du travail pour la défense de la société occidentale et bourgeoise, tentent de manière diverse et par diversion infâme de désagréger les forces du Progrès — quitte à nier la possibilité même du Progrès — tous suppôts du capitalisme, tous tenants déclarés ou honteux du colonialisme pillard, tous responsables, tous négriers, tous redevables désormais de l’agressivité révolutionnaire.

[ extraits du Discours sur le colonialisme ]

Forcément, ça se pose un peu plus là du point de vue du style.
Et du point de vue du propos, c’est pas le discours de Dakar.
P’tits connards.

Steph - 22 avril 2008


c h p u n k . o r g - diarrhée verbale et bouillie musicale depuis 1987... copirijte - tekno - kifékoi ?